
18 des 157 critères de l'évaluation HAS sont impératifs : s'ils n'obtiennent pas la note maximale, la structure doit transmettre un plan d'action à son autorité de contrôle. Pour un service d'aide à domicile, voici chacun de ces critères, ce que l'évaluateur vérifie, les preuves à montrer et les pièges à éviter.
En bref : sur les 157 critères de l'évaluation HAS, 18 sont dits impératifs. Pour eux, seule la note maximale est acceptable : à défaut, la structure doit rédiger un plan d'action spécifique et le transmettre à son autorité de contrôle. Pour un service d'aide à domicile sans soins, 16 de ces 18 critères s'appliquent. Ils portent sur les droits des personnes, la confidentialité, la maltraitance, les plaintes, les événements indésirables et la gestion de crise. Voici, pour chacun, ce que l'évaluateur vérifie, ce que vous devez pouvoir montrer et les pièges propres au domicile.
Le référentiel d'évaluation de la Haute Autorité de Santé compte 157 critères, répartis en 3 chapitres : la personne accompagnée, les professionnels et la structure. L'évaluateur note chaque critère de 1 (pas du tout satisfaisant) à 4 (tout à fait satisfaisant).
Parmi ces 157 critères, 139 sont standards et 18 sont impératifs. La HAS les présente comme ce qu'elle « ne veut plus voir » dans aucune structure. Leur particularité tient en une règle : un critère impératif doit obtenir 4 sur 4.
Si l'évaluateur note un critère impératif 1, 2 ou 3, la procédure est la suivante :
Dans son formulaire, l'évaluateur répond notamment à ces questions : la direction connaît-elle la situation ? En a-t-elle analysé les causes ? A-t-elle identifié les mesures d'amélioration ? Un plan d'action existe-t-il, avec un pilote et des échéances ? Un suivi est-il prévu ? Autrement dit, même en cas de difficulté, une direction qui a déjà repéré le problème et engagé des actions sera dans une position bien plus solide.
Ces critères sont loin d'être une formalité. Selon le bilan 2025 de la HAS, seules 10,5 % des structures évaluées obtiennent la note maximale sur l'ensemble des 18 impératifs.
Trois sujets concentrent les difficultés :
À l'inverse, les critères liés au respect des droits fondamentaux (dignité, intimité, vie privée) sont généralement bien maîtrisés.
Tous les critères ne s'appliquent pas à toutes les structures. Deux impératifs sont réservés à certaines catégories :
Pour un service d'aide à domicile sans soins, 16 critères impératifs s'appliquent donc. Les voici, regroupés par grand sujet, avec le critère sur le médicament pour les services qui ont une activité de soins.
Les critères :
Ce que l'évaluateur vérifie. Il interroge les professionnels : connaissent-ils les bonnes pratiques, les partagent-ils entre eux, les appliquent-ils ? Il consulte le projet de service, le règlement de fonctionnement et vérifie que la charte des droits et libertés de la personne accueillie est bien diffusée. Pour le droit à l'image, il cherche une chose très précise : l'autorisation de la personne, tracée dans son dossier.
Ce que ça veut dire à domicile. Le domicile est le lieu de vie de la personne, et l'intervenante y est une invitée. Concrètement : frapper ou sonner avant d'entrer même avec une clé, fermer la porte pendant la toilette, ne pas ouvrir les placards ou le courrier sans accord, ne pas parler de la personne devant elle comme si elle n'était pas là, respecter ses habitudes alimentaires liées à ses convictions, ses horaires de prière ou ses objets religieux.
Le piège. Ces pratiques existent souvent, mais rien ne montre qu'elles sont partagées. Un temps d'échange en équipe sur la bientraitance, un rappel dans le livret d'accueil des intervenantes ou une fiche de bonnes pratiques suffisent à le prouver. Pour le droit à l'image, la moindre photo prise au domicile (pour adapter le logement, par exemple) doit être précédée d'une autorisation écrite et conservée.
Le critère :
Ce que l'évaluateur vérifie. L'organisation et les règles prévues par la structure, les outils mis à disposition des équipes, et la formation ou la sensibilisation des professionnels. Il consulte le plan de formation et observe les pratiques.
Ce que ça veut dire à domicile. Les informations sur une personne circulent beaucoup : entre intervenantes, avec l'agence, avec la famille, avec les autres professionnels. Les risques sont concrets : un cahier de liaison papier laissé sur la table du salon et lu par les visiteurs, un code de boîte à clés envoyé par SMS, des échanges sur une personne dans un groupe WhatsApp personnel, un téléphone partagé sans code.
Le piège. Avoir une politique écrite ne suffit pas : l'évaluateur vérifie aussi que les équipes ont été sensibilisées. Les données de santé doivent être hébergées par un hébergeur certifié pour les données de santé (HDS), avec des accès nominatifs.
Le critère :
Il ne concerne que les services qui ont une activité de soins. L'évaluateur vérifie que les professionnels interviennent dans le cadre prévu (aide à la prise, administration par les soignants), que chaque étape est tracée et qu'une conduite à tenir existe en cas d'erreur ou d'oubli.
Les critères :
Ce que l'évaluateur vérifie. Que la structure a identifié, avec les professionnels, les situations à risque, et qu'elle a construit un plan de prévention et de gestion à partir de ces risques. Il demande les documents qui le prouvent : repérage des situations à risque, plan de prévention, comptes rendus de réunion, procédures de déclaration et d'alerte. Pour les signalements, il cherche des fiches complétées, l'analyse réalisée et le suivi des actions.
Ce que ça veut dire à domicile. Les situations à risque ne sont pas les mêmes qu'en établissement : une intervenante seule avec une personne très dépendante, un aidant familial épuisé, une personne isolée avec des troubles cognitifs, la gestion de l'argent ou des courses, une famille en conflit. Le plan doit partir de ces situations-là, et dire qui alerter, comment et dans quels délais.
Le piège. C'est l'un des impératifs les plus souvent manqués (41 % de réussite). L'erreur classique : un document générique, rédigé par la direction seule. Le critère précise que le plan est défini avec les professionnels : l'évaluateur le vérifiera en entretien.
Les critères :
Ce que l'évaluateur vérifie. Une procédure et un support de recueil ; la preuve qu'une réponse est apportée à la personne à l'origine de la réclamation ; une communication sur la façon dont les réclamations sont traitées ; des comptes rendus de réunion, des retours d'expérience ou un plan d'action montrant que les équipes en tirent des leçons.
Ce que ça veut dire à domicile. La plupart des réclamations arrivent par téléphone, souvent par la famille : un retard, une intervenante changée sans prévenir, une tâche non faite. Elles sont traitées dans l'instant, puis oubliées. Pour l'évaluation, chacune doit être enregistrée, recevoir une réponse et être analysée.
Le piège. Traiter les réclamations au cas par cas, sans jamais les analyser ensemble. C'est précisément le point faible relevé par la HAS : l'analyse et les actions correctives qui suivent les plaintes. Une revue trimestrielle des réclamations en équipe, avec deux ou trois actions décidées, change tout.
Les critères :
Ce que l'évaluateur vérifie. Une procédure, un support de déclaration et la traçabilité des réponses apportées ; une communication sur les événements et leur traitement, y compris le signalement des événements indésirables graves aux autorités ; des comptes rendus de réunion ou des retours d'expérience montrant l'analyse en équipe.
Ce que ça veut dire à domicile. Une chute découverte à l'arrivée, une intervention non réalisée, une clé perdue, une erreur de planning qui laisse une personne sans passage, une prise de médicament oubliée. Tous ces événements doivent pouvoir être déclarés simplement par les intervenantes, depuis le domicile. Les plus graves doivent être signalés aux autorités : notre guide du signalement des EIG à l'ARS détaille la marche à suivre.
Le piège. Un registre qui ne se remplit qu'avant l'évaluation. Si les intervenantes ne déclarent rien pendant des mois, l'évaluateur en conclura que la déclaration n'est pas entrée dans les pratiques, et il le vérifiera en les interrogeant.
Les critères :
Ce que l'évaluateur vérifie. Un plan de gestion de crise et de continuité de l'activité, construit avec les professionnels et mis à jour ; les comptes rendus de réunion qui le prouvent ; les actions de communication auprès des équipes et des partenaires, avec une liste des acteurs à contacter et des coordonnées à jour.
Ce que ça veut dire à domicile. Les crises d'un service à domicile sont spécifiques : canicule, épidémie, neige ou inondation qui coupent les routes, absences massives d'intervenantes, panne ou cyberattaque du logiciel de planning. Le plan doit répondre à une question simple : si nous ne pouvons pas assurer toutes les interventions, qui passons-nous voir en priorité, et comment prévenons-nous tout le monde ? Cela suppose une liste à jour des personnes les plus vulnérables, des familles et des partenaires à prévenir (département, mairie, médecins).
Le piège. C'est l'impératif le plus souvent manqué (35 % de réussite). Le plan existe parfois, mais il date de la crise sanitaire, n'a jamais été mis à jour, et les équipes ne le connaissent pas.
Pour chacun de ces points, demandez-vous : qu'est-ce que je peux montrer à l'évaluateur, et qu'est-ce que mes équipes lui diront ? Les deux doivent concorder. C'est exactement ce que vérifie l'évaluateur lors des entretiens avec les personnes accompagnées et leurs intervenantes : nous détaillons cette méthode dans notre article sur l'accompagné traceur à domicile.
Sur ces 16 critères, un outil ne remplace ni une procédure, ni une réunion d'équipe. Il peut en revanche sécuriser plusieurs points : la déclaration des événements indésirables par les intervenantes depuis le domicile, leur suivi et leur analyse ; la traçabilité des signalements ; la confidentialité des échanges, avec un hébergement certifié et des accès nominatifs au lieu de messageries personnelles ; la conservation des autorisations dans le dossier de la personne. Nous avons détaillé ce qu'un outil peut prouver, critère par critère, dans notre article Évaluation HAS : les preuves qu'un logiciel peut fournir à votre place.
Pour l'ensemble de la préparation, du référentiel au déroulé de la visite, voir notre guide de l'évaluation HAS d'un service autonomie à domicile.
18, sur les 157 critères du référentiel. 7 relèvent du chapitre sur les professionnels (droits et confidentialité) et 11 du chapitre sur la structure (médicament, maltraitance, plaintes, événements indésirables, gestion de crise).
16 pour un service sans soins. La liberté d'aller et venir concerne les établissements, et la sécurisation du circuit du médicament ne concerne que les structures médico-sociales, donc les services qui ont une activité de soins.
L'évaluateur remplit un formulaire spécifique, intégré au rapport. La structure doit élaborer un plan d'action spécifique, avec les mesures correctives mises en place, et le transmettre à son autorité de contrôle avec le rapport d'évaluation. L'autorité peut ensuite vérifier ce plan.
Selon le bilan 2025 de la HAS : le plan de gestion de crise (pleinement satisfaisant dans 35 % des évaluations), la prévention de la maltraitance (41 %) et le traitement des plaintes (43 %). Seules 10,5 % des structures satisfont l'ensemble des 18 impératifs.
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Sources : Haute Autorité de Santé, Manuel d'évaluation de la qualité des ESSMS, version de juillet 2025, fiches critères et fiche pratique 8 (critères impératifs) ; HAS, présentation du dispositif d'évaluation des ESSMS (mai 2022) ; HAS, bilan 2025 des évaluations des ESSMS (communiqué et infographie du 15 avril 2026) ; ARS Bretagne et CAPPS Bretagne, Les 18 critères impératifs de la HAS, juin 2022.